La métaphore des oiseaux

LA METAPHORE DES OISEAUX

Approche psychanalytique du film « Les Oiseaux » d’Alfred Hitchcock

Guillaume VIDAL

 

A la recherche d’ « Inséparables », Mitch, rentre en contact avec Melanie, dans une animalerie de San Francisco. Comme une tentative vaine, ou dans l’idée de faire advenir un destin impossible à prendre en main, il repart. Mais, attirée par ce quarantenaire, Melanie se lance à sa recherche. Retrouvant sa trace sur la presqu’ile de Bodega Bay, elle va faire « effraction » dans sa vie. Une vie organisée autour de sa mère et de sa sœur de 20 ans sa cadette et en âge d’être sa fille.

Ainsi, alors qu’une idylle aurait pu naitre tout naturellement, comme dans n’importe quel film, celui-ci met en lumière un scénario tout autre : nous découvrons ainsi le balbutiement de cette famille dont chacun des membres représente une génération différente, entretenant un flou sur leur position et laissant suggérer une redistribution possible des places (Mitch est-il le Père de cette jeune fille ?).

Le spectateur devient alors l’observateur d’un malaise qui s’installe dans la petite famille, comme il a dû s’instaurer quand la maitresse d’école a entretenu une relation avec Mitch quelques années auparavant, jusqu’à la rupture du lien entre eux. Ce malaise ne semble qu’être une répétition du passé. Une répétition dont l’origine semble issue de la relation forte entre la mère et son fils. Leurs actes démontrent que chacun d’eux est dans l’incapacité d’en faire autre chose, de la dépasser. Malgré ses tentatives, Mitch ne semble pas pouvoir donner accès à l’établissement d’une relation durable avec une autre femme que sa mère. La relation dont fait état la maitresse d’école auprès de la femme en est le témoignage du passé.

Dans le présent de la narration, la relation mère/fils est à nouveau remise en question : l’homme jusque-là dévoué à sa mère, se tourne vers Melanie pour laquelle il éprouve de grands sentiments. La mère, de son coté, observe les mouvements sentimentaux de son fils et laisse apparaitre dans l’interaction avec l’inconnue, les indices de son bouleversement.

Mitch, homme de droit, semble perpétuer la situation familiale restant dans le sillon des règles établies. Son destin semble surdéterminé par les désirs parentaux desquels il ne peut se défaire. Il n’en déroge pas, jusqu’à se situer dans le respect du désir maternel. Il apparait dans l’incapacité de donner accès à un autre désir qu’au désir maternel. L’absence d’un père disparu le fait, pourtant simultanément, accéder à une place certainement désirée, mais jusque-là inaccessible.

Dans l’attente, chacun dans le silence de l’incompréhension d’un destin qui s’acharne, un nouveau personnage constitue l’indice d’une autre lecture possible. La réalisation offre au spectateur un plan triangulaire de la mère, son mari disparu (en portrait) et de Mitch. Le portrait du père surplombant Mitch, met le père et le fils en position identique. Toutefois la position semble toujours aussi inaccessible. L’impossible engendrement généalogique de lui-même barre tout désir possible. Et pourtant, il est là, l’homme de la maison, tourné vers sa mère, et éduquant sa petite sœur. Les rôles apparaissent comme redistribués. Ces rôles sont si contingents au désir et si inaccessibles à la fois, si peu dicibles et peu représentables, et donc si difficiles à incarner pour lui et sa mère.

Et dans ce contexte, les attaques des oiseaux sont à la hauteur de la force de l’effraction de cette femme dans la vie du couple mére/fils. Il en ressort que ces attaques sont aussi inexplicables que le malaise qui survient dans cette famille à l’arrivée de cette femme.

Les inséparables sont, semble-t-il, le symbole de la relation fusionnelle mère/fils. Ils sont les objets centraux (Mac Guffin) d’Hitchcock tout au long du film. Ces inséparables sont enfermés dans la cage qui les maintient entre eux, symbole de ces personnages, mûs par la force de l’inconscient, dans l’impossibilité d’élaborer la situation. Fermée du dedans et du dehors : toutes intrusion d’une autre dans leur sphère n’est que drame vécu de la force d’une effraction autant psychique que visuelle et présentielle. Alors que les oiseaux tentent, irrationnellement de pénétrer dans la maison de la petite famille, Mitch renforce les protections sommaires. En arrière-plan, Melanie et la mère observent. L’effraction psychique (délimitée par l’esprit de chacun mais aussi par l’inconscient collectif) dénuée de sens, se rejoue dans la présence physique des personnages situés dans l’espace délimité de la maison, elle-même attaquée par une intrusion sauvage et tout aussi inexplicable. La réalisation propose un plan tridimensionnel pour marquer le paroxysme du drame familial qui se joue.

Mais l’effraction des oiseaux a aussi valeur de projection de l’incompréhension des personnages sur celle des agissements des oiseaux. Ils se protègent d’un extérieur qui les agresse, sans percevoir les enjeux propres à chacun.

Plus tôt dans le film, le survol des oiseaux sur la petite ville de Bodega Bay, marque la puissance immanente, terrain favorable à l’écho d’enjeux psychiques très personnels. Le débat entre les villageois est en ce sens, très significatif. Chacun y va de son interprétation : l’intervention divine, une volonté animale révélée, jusqu’à la mise en cause de Melanie, l’étrangère du village, l’incarnation du mal qui porte préjudice à la communauté presqu’insulaire. Tous semblent pris dans l’impossibilité d’émerger au-delà du malaise, de symboliser cette situation apocalyptique.

Nous flirtons constamment entre une interprétation irrationnelle d’une prédestination de la petite ville et le vide de l’inexplicable. C’est dans l’interstice de ce destin insaisissable que l’insertion des projections personnelles est rendue possible. L’inexplicable favorise l’écho névrotique de tous. Chacun cherche dans l’irrationnel ce que renferme pourtant l’énigme personnelle. Cette énigme reste dans l’ombre de l’interprétation surnaturelle.

Nous percevons alors la fine ligne de basculement possible entre la croyance en l’immanence d’une toute puissance inconnue et la force d’un inconscient qui reste à percer à l’œuvre chez tous.

La fin du film nous laisse dans l’incertitude d’un avenir où tout est encore possible. Le phénomène invite la petite famille à un déplacement forcé avec Melanie, blessée en voulant protéger la maison.

Par cet acte, Melanie change-t-elle de statut vis-à-vis du clan familial ? A-t-elle passé l’épreuve d’intégration ? Ou est-ce par l’opposition à un extérieur menaçant que les liens se retissent ? Un autre avenir est-il possible ? La place de chacun peut-elle vraiment être redistribuée en se projetant sur l’extérieur ?

Enfin, le spectateur pris dans le scénario inattendu peut-il rester indifférent à la trame voulue par le réalisateur. Il est questionné sur la compréhension symbolique de ce film ce qui offre un 4eme plan d’analyse possible, les trois autres étant la dimension intrapsychique, intersubjective et l’écho fourni par les oiseaux à ces deux-ci.

La réalisation laisse le spectateur à sa REflexion en résonance à sa propre vie …

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