Sous les pavés de « La Dispute », la plage…

Une interrogation insistante s’incruste en moi, suite à l’écoute répétée de l’émission de France Culture animée chaque soir de la semaine de 21h à 22h par Arnaud Laporte : La Dispute.

Rappelons-en brièvement le principe : des chroniqueurs, spécialisés dans un champ disciplinaire, celui auquel s’associe la soirée (arts de la scène le lundi, , cinéma le mardi, arts plastiques le mercredi, musique le jeudi, littérature le vendredi) commentent les œuvres ou spectacles choisis en confrontant leurs point de vue.

Pour la dernière émission littéraire précédant la grille d’été (séance du 1/7/2016), Arnaud Laporte a demandé à ses critiques (Eric Loret, Elisabeth Franck-Dumas, Florent Georgesco, et Philippe Chevilley) de choisir un « livre pour l’été », dans le cadre lénifiant des « conseils pour l’été » (sic). On apprend d’emblée, avant la dissection des quatre ouvrages présentés, que ceux-ci sont des pavés (1 134 pages pour « Chronique des sentiments » d’Alexander Klugge (POL), 500 pages pour « A la lumière de ce que nous savons » de Zia Haider Rahman (Bourgois), 464 pages pour « Le Géant enfoui » de Kazuo Ishiguro (Folio) et 200 pages seulement pour « Souvenirs d’un mariage » de Louis Begley (Piranha). Avec son humour habituel, Arnaud Laporte fustige son erreur, ces « pavés » (pour trois d’entre eux) n’ayant pu faire l’objet d’une lecture intégrale par l’ensemble des critiques. Peut-être aurait-il dû – a priori – fournir une consigne claire à ses collègues et amis. Lorsque la parole est donnée à Eric Loret pour son éclairage sur la « Chronique des sentiments », le critique indique que cet ouvrage peut être lu comme un livre de plage où l’on picore, comme s’il fallait identifier le lecteur potentiel à un flemmard soumis sans doute au farniente de l’été ou à la fragmentation d’un quotidien livré aux multiples injonctions de la société marchande… (les deux facettes d’une même réalité identifiées comme telles par Henri Lefebvre si peu ridé par le temps…).

A la sixième minute de l’émission, Arnaud Laporte fait remarquer à Eric Loret qu’il ne faut pas placer les mains trop près du micro, faute de quoi l’auditeur sera gêné dans son écoute. De précieuses minutes de débat tombent ainsi à la trappe.

Confirmation : à la dix-septième minute, Arnaud Laporte diffuse une chanson, vite interrompu, « le programme étant chargé, il ne faut pas s’attarder », précise l’animateur.

On m’aura compris : de la dénomination « Conseils pour l’été » (la littérature se déclinant, comme chacun sait, sur les saisons du calendrier) au « jeu de La Dispute » de la cinquante-cinquième minute, le glissement complaisant vers ce que d’aucuns appelèrent « la société du spectacle » ou « la futilité ludique face au tragique de l’identité » (Baudrillard) s’affirme. Un regret : on ne saura pas combien de fois, au cours de la saison, Antoine Guillot aura prononcé la fatidique phrase : « Bonsoir, Arnaud, Bonsoir à tous » (28e minute).

Didier Paquette

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